Après sa chronique partisane de la semaine dernière, contre laquelle nous avions réagi, Caroline Fourest renouvelle ce vendredi matin ses attaques contre l'Église. Revenant sur les évènements du 14 février, elle insiste sur le comportement violent des chrétiens avant d'attaquer le pape Benoît XVI, puis le pape Pie XII.
Le kiss-in devait avoir lieu sur parvis de Notre-Dame, "histoire d'interpeller l'Église sur son rôle dans la propagation de l'homophobie, qu'elle confond parfois avec de la pédophilie." Caroline voulait certainement parler de la confusion entre l'homosexualité et la pédophilie, non l'homophobie et la pédophilie. Mais passons sur ces amateurismes. L'Église ne confond pas l'homosexualité et la pédophilie ; elle les considère comme deux passions désordonnées.
L'homosexualité n'est pas lié à la pédophilie, mais le désordre des passions peut entraîner un homosexuel vers la pédophilie. Face à la réaction catholique, la préfecture a interdit l'accès au parvis. Caroline Fourest en profite pour faire passer les provocateurs pour des amoureux, comme s'ils étaient innocents de toute volonté de provoquer inutilement.
Ce qui lui permet d'enchaîner sur la seconde partie de sa chronique. Le titre de la chronique est "Baiser du Vatican". Benoît XVI recevait les évêques irlandais qui avaient dissimuler les actes pédophiles commis dans leurs diocèses depuis les années 50. 46 prêtres sont en accusation suite à la publication de deux rapports sur cette question. Il y aurait eu 440 victimes de viol. 11 prêtres ont été condamnés. Loin de nier ses responsabilités, les responsables ecclésiastiques avouent ne pas avoir su gérer ces atteintes profondes en adoptant une stratégie peu efficace. Aujourd'hui, cette stratégie, qui fut également un échec aux États-Unis, fait grand bruit. En effet, en Amérique, ce sont des milliers de victimes qui se sont déclarées. Le pape Benoît XVI, ancien cardinal Ratzinger, est accusé de n'avoir pas entendu les victimes des pédophiles, pour ne pas gêner la lutte contre le communisme engagée notamment par l'Église en Amérique latine.
Le communiqué du Vatican regrette les errements du clergé catholique :
"Ils ont examiné ensemble le long échec des autorités ecclésiastiques du pays à éradiquer sérieusement les abus sexuels commis sur des mineurs par des prêtres ou des religieux. Tous ont convenu que cette grave crise à engendré une perte de confiance en la hiérarchie et eu un effet négatif sur le témoignage chrétien et l'enseignement moral de l'Église. La réunion, qui s'est déroulée dans un esprit de prière fraternelle et de collégialité, de franchise et d'ouverture, a offert aux évêques des lignes directrices pour les aider à faire front à la situation de leurs diocèses".
(...)
"Le Pape a observé que ces abus sexuels sur des mineurs ne sont pas qu'un crime atroce mais aussi un péché grave qui offense Dieu et blesse la dignité de la personne créée à son image. Conscient de ce que cette situation douloureuse ne se résoudra pas facilement, il a encouragé les évêques à faire front aux problèmes du passé avec détermination et à la crise actuelle avec courage et honnêteté. Il a également dit son espoir de ce que cette rencontre aide à l'unité épiscopale, aide les évêques à parler d'une seule voix dans les décisions à prendre pour soigner les blessures. Cela passe par un ravivement de la foi dans le Christ et dans la restauration de la crédibilité de l'Église, spirituelle et morale".
Contrairement à ce qu'affirme Caroline Fourest, ce n'est pas la première fois que le pape condamne le scandale de la pédophilie. Jean-Paul II avait demandé à ce que les conférences épiscopales dénonce les pédophiles dès 2002. On pourrait citer bien d'autres interventions de l'Église dans ce domaine. En avril 2008, lors de son voyage aux Etats-Unis, le pape avait déjà fermement condamné la pédophilie, en souhaitant que les prêtres condamnés n'exercent plus aucune activité :
« Les prêtres pédophiles doivent être totalement exclus de la prêtrise (…) Notre honte est profonde et nous ferons tout notre possible pour qu'une chose pareille ne se renouvelle jamais plus à l’avenir (…) Il est plus important d’avoir de bons prêtres que d’avoir beaucoup de prêtres 2 (…) Quand je lis les témoignages des victimes, il m’est difficile de comprendre comment il a été possible que des prêtres aient trahi leur mission qui est d’apporter du soulagement, de transmettre l’amour de Dieu à ces enfants (…) Plus jamais de prêtres pédophiles ! »
Depuis la révélation de ces affaires, le pape n'a cessé de condamner les erreurs de la hiérarchie épiscopale en Irlande. Mais Caroline Fourest n'en a que faire. Elle conclut en disant : "On a pourtant l'impression que les silences de Pie XII ne sont pas les seuls à devoir être élucidés." Affirmation d'une totale mauvaise foi, elle préfère éluder l'ensemble des éléments qui appuient la béatification de Pie XII.
Ce n'est pas la première fois que le pape fait l'objet d'attaques répétées. En octobre 2006, le BBC interprétait de manière particulièrement abusive un document, "Crimen Sollicitationis", écrit en 1962, pour affirmer que l'ancien cardinal Ratzinger était au courant des affaires de pédophilie. Aussitôt dénoncé par le clergé anglais et par Catholic World News, cette manœuvre visait à attaquer le pape. En réalité, ce document, signé par le cardinal préfet du Saint-Office, Mgr Ottaviani, n'énonce pas de directives pour protéger les prêtres pédophiles, mais rappelle le règlement à suivre en cas de "sollicitation", c'est-à-dire dans les cas de prêtres tentant les fidèles, que les fidèles soient majeurs ou non, que les tentations soient sexuelles ou non. Jugé secret par la BBC, ce document est connu depuis 2001. En 2005, des avocats américains avaient tenté de l'utiliser pour mettre le pape en accusation dans une affaire de prêtre pédophile au Texas. Le gouvernement avait tempéré leurs ardeurs. Loin de réagir sur la question des prêtres pédophiles, ce document reprenait une norme de 1867 du Saint-Office.
Ce document dit notamment la chose suivante : "de peur que ces crimes demeurent cachés et impunis avec un grand dommage pour les âmes..." Il rappelle une norme édictée par Benoît XIV en 1741 selon laquelle il est du devoir de chaque fidèle de dénoncer les prêtres fautifs dans le cadre de la confession. Le fidèle qui ne le fait pas alors qu'il sait que son devoir implique de dénoncer le prêtre fautif en confession est passible de l'excommunication. Très technique, ce document est suffisamment compliqué pour que des journalistes puissent lui faire dire n'importe quoi. Concrètement, la pédophilie y est traité comme "le pire des crimes", à dénoncer absolument.
Le plus triste est bien sûr que les évêques avertis aient abdiqué leurs autorités pour cacher ces crimes. Jean-Paul II, comme le cardinal Ratzinger, peuvent condamner autant qu'ils veulent, si les évêques refusent de dénoncer publiquement les fautifs, personne ne peut le faire. En droit canonique, le pape ne peut empiéter sur les pouvoirs épiscopaux.
Les accusations contre le cardinal Ratzinger constituent donc une manœuvre de déstabilisation des médias, reprise par toute la presse. Car il ne fait aucun doute que si Crimen Sollicitationis avait été correctement utilisé aux États-Unis et en Irlande, la crise que traverse actuellement l'Église aurait été largement désamorcée.
Lors de son homélie d'intronisation, le pape avait demandé à prier pour qu'il "ne se dérobe pas, par peur, devant les loups." Les loups sont là...
Il reste un dernier élément, à ne pas oublier lorsque l'on parle de pédophilie. En 2007, le rapport américain “Sexual Abuse in Social Context : Catholic Clergy and Other Professionals” (Special Report by Catholic League for Religious and Civil Rights), basé sur les informations diffusées dans la presse ou sur les communiqués officiels, affirmait que la pédophilie était proportionnellement moins importante dans le clergé catholique que dans toutes les autres institutions. Il y a eu moins de 1,5% de prêtres pédophiles aux Etats-Unis, contre 5% d'instituteurs, 3% de pasteurs protestants et 12% de psychologues en contact avec des enfants. En France, une circulaire interne du 4 septembre 2007 du ministère de l'Éducation Nationale demandait de signaler les cas d'abus sexuels. En février 2008, 345 affaires avaient été révélées. Récemment encore, des affaires de professeurs pédophiles étaient révélées ( en Savoie, à Mouscron, à Carcassonne, à Montpellier, dans le Loiret, dans la Loire, etc...)